Dans la forêt

Ilya-Kuvshinov-27566

Le lierre envahissant de mes pensées

m’a tapissée

et transformée en femme-forêt

 

Du haut de mes cimes

je t’observe

petit poucet

Waldeinsamkeit

 

Du haut de mes cils

je suis orpheline

de ton toucher

Aware

 

Là où les biches

ont délaissé les mûriers

je suis veuve de ton écho

Satori

 

Voilà Décembre

les entrelacs de feuilles

laissent filtrer des bribes de soleil tendre

Komorebi

 

Mes bois sont merveilleux

tendres et profonds

mais des promesses ont été énoncées

Besa

 

De ma canopée

mes yeux remplis de larmes

encore à tomber

Gulseong

 

De ne pouvoir passer

mes doigts-branches dans tes cheveux

faits d’argent et de jais

Cafuné

 

De ne pouvoir me baigner

Avec toi

Dans la forêt

Shirin-yoku

 

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Épiphytie (incidence et prévalence)

alexander-berdin-lazursky-F

Je te veux endémique

naissant près de moi

à l’orient de mes bras

 

je te veux prolifique

comme une multiplication

incontrôlable et virale

 

je te veux pléthorique

insolent coefficient

envahissant et surabondant

 

je te veux chronique

atavisme ancestral

semé dans ma génétique

 

je te veux sous mon microscope

Toi l’Infiniment Grand

mon mâl congénital

 

je veux ta transmission

je veux ta contagion

je te veux nénuphar

je te veux camélia

 

 

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Acta geographica (1. Colonisation)

nu cartographie (2)

J’aime le corps terre étrangère

découverte et exploration

textures inconnues, saveurs indigènes

reconnaissance et prospection

 

mais je veux bien

m’accoutumer au tien

en reconnaître les contours

les zones de tension et les saillances

apprivoiser ton toucher

cartographier ta géographie

analyser chaque parcelle

et prélever ta biologie

échanger nos fluides

substances jumelles

 

je veux que tu sois nouveau

je veux que tu sois familier

savoir la veine sous ta peau

en visualiser le tracé

dire l’empreinte de ton souffle

goûter ta nuque sur l’oreiller

 

je veux me promener encore une fois

et te tenir par la main

non par la taille, non par le bras

 

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Mille franges d’or

A-stripper-disrobes-in-front-of-a-silent-film-of-Charlie-Chaplin-at-the-Kino-club-Berlin-1958.

Ecrire

converser avec des fantômes

ceux dont le bel éclat

fait qu’on les voudrait là

et graviter autour

en satellites-vautours

accélérateurs de partition

bombe à neurones post-fiction

 

Ecrire

pour mieux encrer

pas au crayon à papier

à l’eau-forte, non distillée

aucun moyen d’effacer

gravure en taille-douce

brûlante comme un acide

écrire dans ton cuir

ta somptueuse égide

inaltérable et pure

 

Ecrire

cultiver l’obscénité

marcher sur le trait

en bas résilles et escarpins

donner à voir ce qui est sien

intime, secret et abîmé

te prendre de force pour témoin

offrir son Moi au premier venu

comme la dernière des tes-pu

En Griselidis ou en Nééra

Mont Saint-Geneviève des hetaira

 

Ecrire

une langue des signes calligraphiée

lecture labiale codex LPC

bombe lacrymale sur emaki

Hiroshima Nagasaki

autodafé en implosion

porter son âme en médaillon

Aux fronts des hommes

Au Panthéon

 

Aux beaux absents

(un monument)

 

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au titre : Homère

 

 

 

 

 

Autan tempétueux en son domaine

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Tu n’as pas la place pour moi

seulement pour l’idée de moi

dans nos vies organisées millimétrées

luni-solaires et calendaires

la moi faite de sang et de chair

est rangée dans sa boîte de taffetas

pékin satin et organza

ballerine en crinoline

pâle et muette en serinette

habillée des pensées de cabaret

auditorium et music-hall

jupon arceau baleine

elle ne s’anime qu’à son réveil

dans un réflexe d’automate

suites nocturnes limonaires

pour la ravir à la poussière

sur un finale de sonate

sur une presque-symphonie

elle joue sa vie

finement réglée en parodie

auréolée de micro-succès

avant le retour du sortilège

tombé en voile sur son manège

son sarcophage rose poudré

 

Mais moi tu vois

je suis la vie

mes 5 ans échevelés à jamais

sur les portraits débraillée

socquettes tire-bouchonnées

trop vive pour contenir

dans un seul polaroïd

je suis l’air exhalé de tes poumons

je suis ta pulsation

je suis l’autan s’amplifiant

sur les vallées et les sommets

je suis la faim

je suis la soif

tu es ma source et mon canal

je suis geyser au Turkana

l’incontenable

et la hors-cadre

je suis le rouge incarnat

dont le rubis te teinte les doigts

celui des départs d’incendie

abolition des chronologies

je suis celle qui immole l’été

dans un ultime brasier

les saisons n’ont pas toutes la même peau

c’est absolument faux

je suis la tempête

sur les falaises et sur les crêtes

dust devil sur HPA

villages rasés sur Fujita

je suis fumée et je suis cendres

je suis coulée, je suis volcan

je suis Tara sous le couchant

 

Et je pleure des romans

qui racontent les oiseaux absents

 

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Philtrum

accismus

Il l’embrasse dans le cou

Sur l’artère qui bat juste là

je t’aime

elle fixe le miroir

le regard perdu

loin de son reflet

son corps oscille vers la droite

elle accompagne le mouvement

docilement

elle penche un peu la tête

pour protéger la jugulaire

réflexe enfantin

elle se réaligne

colonne vertébrale

acquiesce d’un son microscopique

un souffle

ses lèvres n’ont pas bougé

Une fraction de temps a passé

dans la chambre

il la regardera s’habiller

balconnet

collants noirs

robe nénuphar

sur ses poumons

tu es magnifique

elle froncera les sourcils

mordra sa lèvre supérieure

Sous l’arc de cupidon

remontera la fermeture à glissière

du creux des reins à la contracture

des muscles postérieurs de son cou

un regard nouveau

un regard ancien